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Gerardo Lobeira, de l’Espagne à la Résistance : le destin d’un combattant de la liberté

Ce jeudi 27 août à 17 h 45, un hommage sera rendu aux résistants tués le 27 août 1944 aux portes de Bagnols-sur-Cèze. Une cérémonie qui prendra cette année une dimension particulière avec la venue d’Espagne de plusieurs descendantes de Gerardo Lobeira Rodriguez. L’occasion de revenir sur le parcours de cet homme, républicain espagnol devenu résistant en France, dont la vie s’est achevée tragiquement à Bagnols.

De la côte galicienne aux routes du Gard, le parcours de Gerardo Lobeira Rodriguez traverse les heures les plus sombres de l’histoire européenne du XXe siècle. Guerre civile espagnole, exil, camps d’internement en France, Résistance contre l’occupant nazi puis Libération : sa vie est celle d’un homme qui, à plusieurs reprises, a choisi le combat.

Gerardo Lobeira naît en 1908 à Loira, dans la commune de Marín, en Galice, au sein d’une modeste famille de marins surnommée « os Muchiquins ». À 22 ans, en 1930, il quitte sa région natale pour s’installer au Pays basque où il travaille comme mécanicien de marine. Il s’engage dans le mouvement ouvrier des marins et épouse María Korta Irureta.

De la guerre d’Espagne à l’exil en France

Lorsque la guerre civile éclate en Espagne en 1936, Gerardo Lobeira choisit le camp républicain. Il combat au sein de la Marine de guerre auxiliaire d’Euzkadi, comme plusieurs de ses frères. Après la chute du front Nord, il parvient avec d’autres compagnons à prendre un navire de pêche, le Miren Aingerua, pour franchir le blocus naval et rejoindre la France. Il repart ensuite combattre aux côtés des républicains en Catalogne.

La défaite républicaine le contraint à un nouvel exil. En 1939, il est interné dans les camps de Saint-Cyprien puis de Gurs. Mais quelques années plus tard, l’occupation de la France par l’Allemagne nazie va le conduire à reprendre les armes.

Gerardo Lobeira rejoint alors la Résistance française et un groupe de maquisards de Lozère, rattaché aux Forces françaises de l’intérieur et aux Francs-tireurs et partisans. Les résistants multiplient les opérations de sabotage : pylônes électriques, voies ferrées ou encore installations minières, notamment à Rochebelle à Alès, Saint-Privat et La Grand-Combe.

Parmi les résistants qui libèrent 76 prisonniers à Nîmes

Son parcours est également associé à une opération particulièrement audacieuse. Gerardo Lobeira fait partie d’un groupe d’une vingtaine de maquisards chargé de prendre d’assaut la prison centrale de Nîmes. Malgré un armement limité, l’effet de surprise permet aux résistants de libérer 76 prisonniers politiques qui risquaient la déportation.

Il participe aussi aux combats contre les troupes allemandes entre Privas et Aubenas ainsi qu’à la bataille de la Madeleine, près d’Anduze, dans les derniers temps de l’Occupation.

Mais quelques jours seulement après ces combats, alors que la Libération est en marche, le destin de Gerardo Lobeira bascule.

Tué par erreur par un avion allié

Le 27 août 1944, un véhicule transportant de jeunes résistants se dirige vers Bagnols-sur-Cèze. Ils doivent notamment y conduire un pilote anglais rescapé d’un accident. À bord se trouvent Gerardo Lobeira, Joseph Bondurand, Albert Roubaud et Laurent Baud.

Sur la route d’Alès à Bagnols, leur voiture, dépourvue de signe distinctif permettant de l’identifier clairement, est prise pour cible par erreur par un avion allié. Gerardo Lobeira, Joseph Bondurand et Albert Roubaud sont tués. Laurent Baud est le seul à survivre à l’attaque.

Une fin tragique pour Gerardo Lobeira, après des années passées à combattre le fascisme des deux côtés des Pyrénées.

Ses petites-filles attendues à Bagnols

Depuis plus de quarante ans, leur mémoire est honorée devant la stèle élevée sur les lieux du drame, le long de la RD6 entre Bagnols-sur-Cèze et Alès. Ce jeudi 27 août 2026 à 17 h 45, le rendez-vous mémoriel prendra une dimension particulière.

La famille de Gerardo Lobeira a en effet renoué avec cette histoire gardoise. Plusieurs de ses descendantes feront spécialement le déplacement depuis l’Espagne, notamment ses petites-filles Nerea, Arantxa et Anabel, venues de la région de Saint-Jacques-de-Compostelle.

À travers Gerardo Lobeira, l’hommage rappelle également l’engagement de nombreux républicains espagnols dans la Résistance française. Chassés de leur pays après la victoire franquiste, certains poursuivirent en France leur combat contre le fascisme et payèrent de leur vie la libération de leur terre d’accueil.

82 ans après le drame, la présence de la famille de Gerardo Lobeira donnera ainsi un visage particulièrement humain à cette cérémonie : celui d’une mémoire qui, de la Galice au Gard, continue de se transmettre de génération en génération.

La stèle se situe à environ deux kilomètres de Bagnols-sur-Cèze en direction d’Alès, sur la droite à l’intersection avec la route de Colombier, juste avant le tourne-à-gauche permettant de rejoindre Combe.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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