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Le Tour de France d’hier à aujourd’hui : Bernard Thévenet livre son regard d’expert

Double vainqueur du Tour de France en 1975 et 1977, Bernard Thévenet observe depuis Montpellier les évolutions de la Grande Boucle. Entre innovations technologiques et éternels défis du cyclisme, l’ancien champion livre une analyse passionnante du Tour moderne.

L’évolution technologique : une révolution silencieuse

Quarante à cinquante ans après sa carrière, Bernard Thévenet porte un regard fasciné sur les transformations du cyclisme professionnel. “Les moyens technologiques qu’on n’avait pas avant, tout le monde essaie d’en profiter”, observe-t-il avec pragmatisme. À son époque, le carbone n’existait pas, les dérailleurs indexés non plus. “On a pas grand-chose… quelques-uns avaient essayé de faire des vélos en fibre de verre, c’était un peu plus léger, mais ça manquait de rigidité.”

Cette révolution technologique s’accompagne d’une transformation profonde des méthodes d’entraînement. Les coureurs actuels “font beaucoup plus d’entraînement que nous et beaucoup moins de courses”, ce qui les rend paradoxalement moins habitués à rouler en peloton. Une évolution qui pourrait expliquer certaines chutes inexplicables selon l’ancien champion.

La domination Pogačar : un déjà-vu historique

Face à la suprématie actuelle de Tadej Pogačar, Bernard Thévenet établit un parallèle saisissant avec sa propre époque : “J’ai connu la même chose du temps d’Eddy Merckx. Il était au-dessus et puis il a fallu un moment pour arriver à être à sa hauteur.”

Concernant le sondage révélant que 80% des coureurs se sentaient résignés avant même le départ du Tour 2024, l’ancien vainqueur relativise : “Il n’y a que cinq ou six leaders sur les 180 coureurs qui sont là pour essayer de battre Pogačar.” Mais le Tour offre bien d’autres objectifs : étapes, maillot vert, maillot à pois, maillot des jeunes… “Il y a quand même beaucoup d’autres objectifs qui sont atteignables.”

Le Mont Ventoux : quand la géographie forge la légende

À la veille du retour du peloton sur le Mont Ventoux, Bernard Thévenet décortique ce qui fait la spécificité de ce col mythique. “Ce n’est pas une chaîne de montagne, c’est une montagne qui est placée comme ça”, explique-t-il. Cette particularité géographique crée un piège tactique : “On arrive au pied, il y a encore un peloton imposant et ça frotte.”

L’effort commence bien avant l’ascension proprement dite : “En réalité, ils ont un effort depuis au moins un bon quart d’heure avant, donc c’est un effort violent pendant pratiquement 1h15.” Cette durée exceptionnelle d’effort maximal distingue le Ventoux de tous les autres cols.

L’avenir du cyclisme français : entre espoir et réalisme

Interrogé sur les chances françaises, Bernard Thévenet mise sur une nouvelle génération : “J’espère que Lenny Martinez pourra aller dans une échappée et pouvoir résister jusqu’au bout au Ventoux.” Mais c’est vers Paul Seixas qu’il tourne ses espoirs les plus solides : “Le seul coureur à mon avis qui peut avoir le potentiel de gagner le Tour de France dans quelques années, c’est Paul Seixas. Il a quatre ou cinq ans pour arriver à ce niveau-là et moi je suis confiant, je pense qu’il va y arriver.”

Entre tradition et modernité

Malgré toutes ces évolutions, Bernard Thévenet rappelle que l’essence du cyclisme demeure : “Dans le fond, ça reste toujours la même chose : il y a du plat, il y a du vent, dans les Pyrénées il y a des cols et puis il y a l’adversaire.” Les noms changent, les technologies évoluent, mais la bataille sportive reste la même.

Aujourd’hui ambassadeur ASO, Bernard Thévenet continue de vivre le Tour de France de l’intérieur, témoin privilégié d’une évolution qu’il observe avec la sagesse de celui qui a gravé son nom au palmarès de la plus grande course cycliste au monde. Entre Jonas Vingegaard qui tente de rivaliser avec Pogačar et les espoirs français qui cherchent leur voie, le cyclisme continue d’écrire son histoire, une pédale après l’autre.

Bernard Thévenet, double vainqueur du Tour de France (1975, 1977), exerce aujourd’hui les fonctions d’ambassadeur pour ASO, organisateur de la Grande Boucle.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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