SDIS 30 : un bilan 2025 en hausse, sous le signe du secours à personne et d’un été « tenu » grâce à l’attaque rapide

« On fait cet exercice tous les ans : revenir sur l’année écoulée, dresser un bilan opérationnel consolidé, et revenir sur quelques événements marquants qui ont demandé des adaptations particulières. » Face aux médias, le colonel Thierry Carret a déroulé, chiffres à l’appui, le panorama 2025 du Service départemental d’incendie et de secours du Gard (SDIS 30) : une activité globalement en hausse, une pression croissante du secours à personne, et une saison feux de végétation mieux contenue qu’on ne l’imagine… même si le département reste, structurellement, exposé à un niveau de risque supérieur à beaucoup d’autres territoires.
69 700 interventions : la trajectoire reste orientée à la hausse
Premier marqueur : 69 700 interventions en 2025, soit autant de « demandes de secours » ayant déclenché l’engagement d’un ou plusieurs engins. Par rapport à 2024, la progression atteint +8,5%. Un chiffre à relativiser, insiste le colonel : « comparer une année à l’autre n’est pas toujours indicatif » – météo et épisodes exceptionnels pouvant faire varier fortement certains volumes – mais la tendance se confirme sur la durée. Sur cinq ans, l’activité progresse d’environ +2,5%.
Deuxième indicateur, plus révélateur de la pression sur les casernes : les véhicules engagés (les “sorties de secours”). Logique : pour un accident de la circulation, un feu d’appartement ou un sinistre industriel, plusieurs engins partent simultanément. Sur cinq ans, cette sollicitation des centres affiche +5,1%.
Et pourtant, troisième donnée intéressante : la sollicitation humaine (heures-homme générées) apparaît globalement stable sur cinq ans (autour de +0,1%). Un paradoxe apparent, que le colonel attribue à une série de mesures organisationnelles et de coordination avec le SAMU visant à réduire la durée des interventions, notamment sur le secours à personne.
Une machine opérationnelle qui tourne en continu
Derrière ces interventions, le SDIS 30 s’appuie sur un volume massif de présence opérationnelle : 2,15 millions d’heures de garde en caserne par an, et 500 000 à 600 000 heures d’astreinte (personnels disponibles à domicile). En période sensible (été, vigilance inondations, grands événements), l’établissement ajoute « environ 150 pompiers de plus présents sur le terrain » pour préserver la capacité à répondre à l’activité quotidienne tout en renforçant les dispositifs spécifiques.
Le traitement de l’alerte illustre aussi l’ampleur de la chaîne : 153 000 demandes de secours traitées, mais bien davantage d’appels entrants (souvent 3 à 4 appels pour une intervention), auxquels s’ajoutent les appels reçus au 112 puis réorientés vers le SAMU, la police, la gendarmerie ou d’autres services. Au total, CTA (prise d’appel) et CODIS (coordination) cumulent près d’un million de communications échangées dans l’année. Le CODIS, compare le colonel, fonctionne comme une tour de contrôle : gérer l’instant, mais surtout anticiper « ce qui peut arriver encore » afin de ne jamais se retrouver “sans rien” face à un nouvel événement.
Autre chiffre marquant : environ 200 jours par an de vigilance (météo, feux de forêt, crues, etc.) pendant lesquels la réponse est « surdimensionnée » et le niveau de coordination renforcé. Dans le Gard, « un jour sur trois », la doctrine opérationnelle bascule en configuration de risque.
« Indice de gravité » : pourquoi le Gard n’est pas “un département comme les autres”
Le colonel Carret a insisté sur un point souvent mal compris : comparer les SDIS entre départements n’a de sens qu’avec des outils communs. D’où la notion d’“indice de gravité”, fondé sur un catalogue national d’événements qui, par leur impact (victimes, dégâts, moyens engagés, perturbation de la vie sociale), nécessitent une remontée d’information jusqu’au ministère de l’Intérieur.
Dans ce cadre, le Gard présenterait un niveau de sollicitation “grave” supérieur à des départements comparables en population, en raison d’un cumul de risques propre à la façade sud : feux de végétation, épisodes cévenols, grands axes routiers, et une accidentologie lourdement documentée par les services de l’État.
Le secours à personne : 85% des interventions… et une hausse structurelle
Le cœur du bilan 2025, c’est le secours à personne (SAP) : « 85% des interventions », soit « huit appels sur dix », et 60% du temps passé en intervention ». Le SDIS 30 indique 53 600 victimes prises en charge (avec ou sans médicalisation), via plusieurs modalités : engagement secouriste, renfort SMUR après régulation, médicalisation ou paramédicalisation, notamment grâce à des infirmiers protocolés sur les secteurs plus éloignés.
Comme pour l’activité globale, la hausse est nette : +9,1% sur un an, +2,7% sur cinq ans. Une croissance que le colonel relie directement aux difficultés du système de soins : moindre disponibilité de la médecine de ville, tension sur les urgences, et recours accru à la régulation SAMU. « Quand il y a une demande régulée, on est obligé d’y aller », résume-t-il.
Pour contenir l’impact opérationnel, plusieurs leviers ont été renforcés avec le SAMU : possibilité de laisser une victime dans un cabinet médical, mise en place de relais ambulancier (ne pas aller systématiquement jusqu’à l’hôpital), et développement du “laisser sur place” après levée de doute et avis du médecin régulateur. Objectif : raccourcir les durées, libérer les engins et préserver la réponse aux urgences vitales.
Feux de végétation : 2025, une saison “sous contrôle”… malgré des journées à risque extrême
Sur le volet feux d’espaces naturels, le colonel Carret a posé une idée simple : « Ce n’est pas parce qu’on n’est pas dans le journal qu’il ne s’est rien passé. » En 2025, le SDIS 30 comptabilise environ 1 450 feux de végétation, pour 660 hectares parcourus, dominés par un épisode majeur : l’incendie de Montdardier / Rogues.
Déclaré le mardi 8 juillet 2025, cet incendie a mobilisé de très importants moyens et a fini par parcourir environ 500 hectares selon les points de situation publiés par le SDIS 30.
Là où l’événement est instructif, c’est par sa cinétique : départ lié à un incident sur ligne électrique (un oiseau touchant une ligne, selon l’explication donnée), zone isolée, détection tardive, puis arbitrage des moyens aériens dans un contexte où un feu à enjeux majeurs mobilisait ailleurs la priorité nationale.
Le colonel a aussi replacé l’été 2025 dans sa réalité météo opérationnelle : certaines journées ont fait basculer une large partie de la zone sud en risque très sévère à extrême, exigeant une montée en puissance massive. Exemple : lors de la journée du 8 juillet (incendies de Marseille et Montdardier), le SDIS 30 explique avoir pu monter jusqu’à 14 groupes d’intervention mobilisables et, surtout, conserver un dispositif résiduel prêt à répondre à de nouveaux départs.
L’effet “hélicoptères bombardiers d’eau” : intervenir vite, éteindre plus petit
Parmi les facteurs mis en avant, un revient comme fil conducteur : la stratégie d’attaque rapide des feux naissants, avec un engagement aéroterrestre massif. Dans le Gard, elle s’appuie notamment sur l’emploi d’hélicoptères bombardiers d’eau (HBE) mis à disposition en période estivale : un dispositif formalisé dès 2020.
Pour le colonel, l’effet est double :
- arriver très tôt sur le sinistre, avant qu’il ne “prenne du volume” ;
- réduire le temps passé sur intervention, donc récupérer plus vite le potentiel pour faire face à la simultanéité (le vrai piège des saisons extrêmes).
Vigilances météo : le Gard parmi les plus exposés
Enfin, le bilan 2025 a rappelé l’autre grand risque gardois : les épisodes météo intenses. Le SDIS observe une hausse des jours de vigilance (jaune, orange, rouge) sur les dernières années, et insiste sur l’enjeu de comportement : « L’opération de secours la mieux réussie, c’est celle qui n’aura pas lieu. » En clair : dispositifs préventifs, prépositionnement, communication préfectorale… mais aussi prudence individuelle.
Trois millions d’euros de surcoût annuel : un “coût” mis en face de la valeur du sauvé
Question budgétaire : la montée en puissance estivale, l’entretien préventif, la formation, la logistique et la disponibilité renforcée représenteraient environ 3 millions d’euros supplémentaires annuels par rapport aux standards d’il y a 10 à 20 ans, selon l’estimation donnée. Une somme que le colonel met en perspective : le coût d’un feu “échappé” (habitations détruites, reconstitution forestière, infrastructures, impacts économiques) et, plus largement, la “valeur du sauvé” – y compris sur les gestes qui sauvent en SAP.
IA au Pont du Gard : expérimentation en cours
Interrogé sur l’expérimentation menée autour du Pont du Gard (caméras, levée de doute, détection assistée par IA), le colonel a confirmé que le dispositif est toujours en phase d’apprentissage : trop peu d’événements exploitables pour publier des résultats robustes, et une dépendance directe aux conditions météo et à la survenue d’un départ de feu dans le périmètre.
En synthèse, le SDIS 30 sort de 2025 avec une activité en hausse et une pression croissante du secours à personne, mais aussi avec la démonstration – revendiquée – qu’une doctrine d’attaque rapide, outillée et entraînée, peut limiter l’emballement des feux de végétation. « La saison s’est bien passée », conclut le colonel, tout en appelant à « rester humble » : un printemps pluvieux ne garantit rien, quelques jours de canicule et de vent suffisent à faire basculer la végétation en vulnérabilité extrême. Dans le Gard, la vigilance n’est pas un épisode : c’est une routine.



