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Territoires d’Industrie : le comité stratégique trace la voie vers une réindustrialisation durable

Ce mardi matin, à l’ICSM de Marcoule, élus, industriels, chercheurs et représentants de l’État se sont réunis pour un nouveau Comité de Pilotage Stratégique du programme « Territoires d’Industrie » Gard rhodanien – Pont du Gard. L’occasion de dresser un bilan des actions engagées depuis 2023 et de dessiner les prochaines étapes d’une réindustrialisation résolument tournée vers la transition écologique.

Un programme structurant, porté en coopération

Pour Pierre Prat, président de la Communauté de communes du Pont du Gard, ce comité marque « un moment fort pour l’avenir industriel et environnemental de notre territoire ». Rappelant que le label a été obtenu en 2023, il souligne l’ambition commune partagée avec l’Agglomération du Gard rhodanien : faire de l’industrie un levier de transformation durable, en cohérence avec la trajectoire de neutralité carbone fixée à 2050 — voire 2040 localement.

Le territoire, riche en filières industrielles (nucléaire, chimie, agroalimentaire…), bénéficie d’un écosystème d’innovation structuré (CEA, plateformes technologiques, projets pilotes) et d’une position stratégique entre Vallée du Rhône, Occitanie et Provence. Cette dynamique est renforcée par une gouvernance multi-acteurs : services de l’État, Région, structures de formation, industriels, pôles de compétitivité et agences publiques travaillent de concert. « Notre engagement est double : créer les conditions d’une industrie compétitive et résiliente, et accélérer la transition par l’innovation et la coopération », a résumé Pierre Prat.

L’Ardoise, site emblématique d’un avenir décarboné

Jean-Christian Rey, président de l’agglomération du Gard rhodanien, a recentré le débat sur la concrétisation des projets, et notamment celui de la friche de l’Ardoise. Rebaptisé pour éviter tout malentendu d’image, ce site de 48 hectares (dont 37 utiles), à proximité du Rhône, du rail et de l’autoroute, est en voie d’industrialisation. « Ce projet incarne notre vision d’un écosystème tourné vers les énergies décarbonées : nucléaire, hydrogène, solaire… », a-t-il affirmé.

Grâce à l’appui des services de l’État et à la mobilisation de la Banque des Territoires, la gouvernance du foncier est en cours de finalisation. Une première phase de sélection des entreprises est en cours : seules celles en cohérence avec les objectifs bas-carbone seront retenues. L’enjeu est de faire dialoguer entreprises candidates et partenaires publics pour bâtir une filière intégrée. « Nous voulons que tout le monde avance dans le même sens, avec une industrie attractive au service d’un territoire attractif », a conclu Jean-Christian Rey.

Faire dialoguer ceux qui ne se parlent pas

Alexandre Masse, chargé de mission à l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), a tenu à rappeler le cœur du programme national Territoires d’Industrie : « Faire dialoguer des acteurs qui ne se parlent pas naturellement : industriels, chercheurs, services de l’État, collectivités. » Il a insisté sur la continuité du dispositif jusqu’en 2027, avec des priorités claires : innovation, compétences, foncier industriel, énergie.

Le soutien de l’État passe par trois leviers : le financement d’un chef de projet local, l’appui en ingénierie pour les projets complexes et l’accès au fonds Territoires d’Industrie dédié à la transition écologique. L’ANCT propose également une animation nationale renforcée, avec des webinaires mensuels et des outils numériques pour faire monter en compétence les territoires.

Énergie et climat : du défi à l’opportunité

Jacques-Olivier Garda a apporté un éclairage essentiel sur la nécessaire « défossilisation » de l’économie. Rappelant que la facture énergétique française avait dépassé les 120 milliards d’euros en 2022, il a insisté sur le double enjeu de la dépendance physique et économique aux énergies fossiles. « Nous n’avons pas de pétrole ni de gaz sur notre territoire. Mais nous avons des idées, des projets, des ressources renouvelables », a-t-il souligné.

À travers une métaphore percutante sur le dérèglement du cycle du carbone, il a plaidé pour une économie circulaire du carbone, basée sur la sobriété, l’efficacité et la relocalisation de la production énergétique. « Le dérèglement climatique n’est pas assurable à 3 °C. Il faut agir, et vite. Et ici, on sent que les conditions sont réunies pour faire émerger une nouvelle économie compatible avec les limites planétaires. »

Nucléaire : un levier de transition et d’innovation

Enfin, Denis Brunel (EDF Tricastin) a présenté les prochaines étapes des VD5 (visites décennales de 5eme génération) avec le plan grand carénage – saison 2 – qui concernera le site en 2029, avec une préparation dès 2028. Contrairement à la précédente campagne axée sur la sûreté des réacteurs, la nouvelle vague de travaux portera sur l’adaptation au changement climatique (ressource en eau, températures élevées). Un volet crucial pour les entreprises locales : « Nous voulons les intégrer en amont, via des appels d’offres, à des interventions en périphérie du process, plus accessibles. »

Denis Brunel a aussi souligné l’importance de se préparer dès maintenant avec les organismes de formation pour qualifier les compétences nécessaires, et intégrer innovation et territoires dans une logique gagnant-gagnant.

Le CEA, moteur de la relance nucléaire et de l’innovation territoriale

Autre moment fort du Comité de Pilotage : la prise de parole de Michel Bedoucha directeur du centre de Marcoule au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), acteur historique du site de Marcoule. Revenant sur les 80 ans du CEA (créé en 1945), il a rappelé l’importance de l’ancrage territorial de l’organisme, à la fois dans la recherche, l’innovation, la formation, mais aussi dans le démantèlement nucléaire, avec 7 chantiers représentant à eux seuls plus de 400 millions d’euros d’investissement.

Le CEA se positionne aussi comme facilitateur pour l’accueil de nouvelles entreprises dans le cadre de la stratégie de réindustrialisation portée par le programme Territoires d’Industrie. Plusieurs zones foncières situées dans le périmètre des 5 km autour du site sont identifiées pour accueillir des projets, à condition de respecter des critères de cohérence, de faisabilité et de maturité. Le CEA travaille en lien avec la Région et l’État pour valider ces implantations.

Un exemple emblématique est le projet FASTER, porté par la start-up nucléaire Newcleo, qui prévoit l’installation d’un démonstrateur dans les années à venir. « Nous mettons à disposition les données des terrains gratuitement lorsqu’aucune mise à niveau des études n’est requise. Sinon, les coûts seront à la charge de l’entreprise », a précisé le directeur du CEA Marcoule, insistant sur la nécessité de méthode, de coordination et de lisibilité.

Enfin, il a confirmé l’engagement du CEA dans la formation : le chantier école Invictus, successeur du Visiatome, offrira une plateforme concrète pour la montée en compétence des futurs professionnels du démantèlement et du nucléaire. Ce projet se développe en complémentarité avec d’autres structures comme Orano Melox, dans une logique de coopération plus que de concurrence.

Le Comité de Pilotage Stratégique du 17 juin a confirmé l’ambition forte du territoire Gard rhodanien – Pont du Gard : construire une industrie bas-carbone, compétitive, connectée à son écosystème, et capable d’apporter des réponses concrètes aux grands défis du XXIe siècle. « Territoires d’Industrie » ne se contente pas d’accompagner : il transforme, en associant intelligemment tous les acteurs pour faire émerger des projets d’avenir.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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