Marche blanche à Bagnols-sur-Cèze : « Plus jamais une telle tragédie » – Justice pour Laetitia

Sous un ciel gris et un silence lourd d’émotion, près d’une centaine de personnes se sont rassemblées ce samedi 1er novembre à Bagnols-sur-Cèze pour honorer la mémoire de Laetitia, jeune femme assassinée dans la nuit du 8 au 9 octobre dernier dans sa chambre au foyer Lou Ventabren de Pont-Saint-Esprit, par son ex petit ami.
Famille, amis, résidents du foyer, habitants, élus et représentants associatifs ont défilé lentement dans les rues du centre-ville, de la place Jean-Jaurès jusqu’au commissariat, derrière une banderole sobre : « Justice pour Laetitia ».
« Le 9 octobre, une date qui résonne »
Les prises de parole se sont succédé, dans une atmosphère à la fois digne et bouleversante.
« Le 9 octobre, une date qui résonne », a rappelé une voix émue au micro. « Celle où Laetitia a été fauchée dans sa chambre, celle aussi de l’abolition de la peine de mort en 1981. Ce 9 octobre symbolise deux visages d’un même pays : la promesse d’humanité, et la faillite de la protéger. »
Une minute de silence a été observée, suivie de quelques mots gravés dans la mémoire collective :
« Laetitia, jeune femme pleine de vie, ne laissait jamais transparaître sa différence. En mémoire de ce 9 octobre, reste un appel à agir et à protéger. Plus jamais une telle tragédie. »
« Rien ne prépare à la perte d’un enfant »
La maman de Laetitia, trop émue a laissé la parole à sa belle sœur Delphine Chalansonnet, qui a lu un texte poignant, la voix tremblante mais ferme :
« Rien dans la vie ne prépare à la perte d’un enfant. On peut lire mille livres, écouter mille conseils, rien ne nous apprend à respirer après. Depuis ton horrible départ, Laetitia, rien ne sera plus jamais comme avant. »
Le papa de Laetitia, Hervé Chalansonnet, a pris la parole à son tour :
« Elle a été massacrée dans sa chambre. Elle devait être en sécurité là-bas. On veut que tous les responsables soient jugés pour ce qu’ils ont fait. »
Sa sœur, Delphine Chalansonnet, a elle aussi rendu hommage à la mémoire de la jeune femme, rappelant le parcours de Laetitia et les circonstances tragiques du drame.
Un message de gratitude et d’espoir
Avant la dispersion du cortège, la famille a tenu à remercier les participants :
« Chers participants à la marche, immense merci pour votre présence et votre soutien. Votre participation nombreuse et silencieuse est un témoignage d’amour et de solidarité qui nous a touchés et réconfortés. En marchant à nos côtés, vous avez honoré sa mémoire. Dans ces moments de douleur immense, sentir votre force, c’est inestimable. Nous espérons que cette mobilisation contribuera à ce que justice soit faite. »

La prise de parole de Maître Jean-Christophe Basson-Larbi : « La justice doit être à la hauteur »
Avocat de la famille Chalansonnet, Me Jean-Christophe Basson-Larbi (barreau de Paris) a pris brièvement la parole à la fin de la marche, devant le commissariat. Dans un discours sobre mais déterminé, il a rappelé la nature du combat judiciaire en cours et dénoncé ce qu’il qualifie de « failles graves dans la chaîne de protection ».
« Laetitia a été tuée dans sa chambre, au sein même de l’établissement censé la protéger. Ce n’est pas un simple meurtre, c’est un assassinat, prémédité, et nous le démontrerons. »
L’avocat a confirmé le dépôt d’une plainte criminelle avec constitution de partie civile auprès du doyen des juges d’instruction du tribunal judiciaire de Nîmes. Cette plainte vise quatre qualifications pénales :
- Assassinat ;
- Complicité d’assassinat (visant notamment la grand-mère de l’auteur présumé et d’éventuels membres du foyer) ;
- Recel et dissimulation de cadavre ;
- Homicide involontaire à l’encontre du foyer Lou Ventabren.
« Comment un homme interdit de séjour dans un foyer a-t-il pu y entrer, tuer, transporter le corps d’une résidente, sans que personne ne voie ni n’entende rien ? » a interrogé l’avocat.
« La justice doit être à la hauteur. Il ne peut y avoir deux vitesses de justice : celle qu’on accorde aux forts, et celle qu’on abandonne aux fragiles. »
Me Basson-Larbi a également réaffirmé la volonté de la famille d’aller « jusqu’au bout » :
« Nous ne demandons pas la vengeance, mais la vérité. Pour Laetitia, pour ses parents, et pour tous ceux qui vivent aujourd’hui dans des établissements similaires. »



