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Au Pont du Gard, la Ministre de l’agriculture Annie Genevard appelle à redonner un cap à la viticulture française

Pont du Gard, mercredi 25 mars. Dans un cadre hautement symbolique, au pied de l’aqueduc romain bimillénaire, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a livré une prise de parole dense à l’occasion des rencontres nationales des Vignerons indépendants. Entre hommage à la culture du vin et annonces concrètes, la représentante du gouvernement a détaillé un arsenal de mesures destinées à répondre à une crise profonde et durable de la filière viticole.

Une filière fragilisée par une accumulation de crises

D’entrée, la ministre a rappelé le caractère singulier du vin, « produit identitaire » et indissociable du patrimoine français. Mais derrière cette dimension culturelle, le constat est sans détour : la viticulture traverse une période critique.

Trois facteurs majeurs fragilisent aujourd’hui le secteur :

  • Le changement climatique, qui affecte les rendements et la régularité des vendanges
  • La baisse structurelle de la consommation, notamment des vins rouges
  • Les tensions géopolitiques, qui pèsent sur les exportations vers des marchés clés comme les États-Unis ou la Chine

« Rares sont les vignobles dont l’équilibre ne vacille pas », a reconnu Annie Genevard, évoquant une crise à la fois conjoncturelle et structurelle.

Un plan massif déjà engagé et renforcé

Face à cette situation, la ministre a revendiqué un engagement fort de l’État, avec plus d’un milliard d’euros mobilisés pour la filière depuis 2020.

Parmi les dispositifs déjà déployés ou renforcés :

  • Un plan d’arrachage de 120 millions d’euros, ayant permis de retirer près de 26 000 hectares de production
  • Une nouvelle enveloppe de 130 millions d’euros pour poursuivre cette adaptation du potentiel viticole
  • 9 millions d’euros d’aides aux jeunes vignerons en difficulté
  • 1 million d’euros pour les pépiniéristes viticoles, touchés par le ralentissement des plantations

L’appel à manifestation d’intérêt pour l’arrachage, clôturé le 11 mars, a suscité 5 823 dossiers, représentant environ 28 000 hectares, preuve selon la ministre de « l’ampleur du besoin ».

Des mesures financières et sociales supplémentaires

Annie Genevard a également détaillé plusieurs mesures de soutien immédiat :

  • Allégements de charges sociales :
    • 5 millions d’euros dès 2025
    • 10 millions d’euros prévus en 2026, avec une première tranche de 6 millions annoncée
  • Prêts de consolidation garantis par l’État, désormais assouplis et portés à 70 % de garantie
  • Mobilisation de la réserve de crise européenne, avec 40 millions d’euros pour financer la distillation des surplus

Ces outils visent à soulager la trésorerie des exploitations et à accompagner leur restructuration.

Simplification et réponse aux contraintes réglementaires

La ministre a insisté sur un autre axe majeur : la simplification administrative, jugée indispensable dans un secteur fortement encadré.

Un travail est en cours pour identifier les « points noirs » réglementaires et alléger les procédures. Exemple concret annoncé sur place :

  • Autorisation temporaire de l’épandage par drone de cuivre, jusqu’au 30 avril, dans plusieurs départements d’Occitanie (Aude, Hérault, Gard, Pyrénées-Orientales), afin de faire face aux risques sanitaires liés aux conditions climatiques.

Une loi d’urgence agricole en préparation

Au-delà des mesures sectorielles, Annie Genevard a confirmé la préparation d’une loi d’urgence pour l’agriculture, qui sera présentée en Conseil des ministres le 8 avril, pour une adoption rapide avant l’été.

Ce texte doit répondre à plusieurs enjeux :

  • simplification des normes
  • gestion de l’eau
  • revenu des agriculteurs
  • compétitivité des exploitations

L’objectif affiché : des effets « mesurables dans chaque exploitation ».

Adapter la filière aux nouvelles attentes

La ministre a également appelé la filière à évoluer face aux transformations des usages. Elle a évoqué la nécessité de :

  • réinventer la consommation, notamment auprès des jeunes
  • innover dans les formats et le marketing (vin en canette, nouveaux conditionnements)
  • développer l’œnotourisme, vecteur de valeur et d’attractivité

« Le désamour pour le vin n’est pas une fatalité », a-t-elle assuré, plaidant pour un « réenchantement » de la culture viticole.

Conquête de nouveaux marchés et stratégie collective

Sur le plan international, Annie Genevard a insisté sur la nécessité pour la filière française de « chasser en meute », en renforçant sa stratégie collective à l’export.

Elle a également évoqué :

  • les opportunités offertes par certains accords commerciaux
  • les négociations à venir autour de la future PAC
  • la nécessité de défendre les positions françaises sur les marchés historiques tout en conquérant de nouveaux débouchés

« Redonner un cap » à la viticulture française

En conclusion, la ministre a assumé un plan qui dépasse la simple gestion de crise. « Il ne s’agit pas seulement de corriger un déséquilibre, mais d’investir pour redonner un cap », a-t-elle affirmé.

Au Pont du Gard, symbole de maîtrise de l’eau et de civilisation, Annie Genevard a ainsi voulu inscrire son action dans une vision de long terme : préserver une filière à la fois économique, culturelle et paysagère, au cœur des territoires.

Un message d’espoir, mais aussi de transformation, adressé à une profession en quête de visibilité et de perspectives.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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