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Marcoule : au CEA/INSTN, la formation prépare la nouvelle génération des métiers du nucléaire

Dans le cadre de la Semaine des métiers du nucléaire, organisée depuis le 9 mars par l’Université des métiers du nucléaire, le CEA/INSTN de Marcoule a ouvert ses portes jeudi 12 mars pour présenter une formation clé destinée aux intervenants du secteur. L’occasion de mettre en lumière un enjeu majeur : la formation et la reconversion vers les métiers du nucléaire, dans un contexte de relance de la filière.

Un acteur central de la formation nucléaire

Chaque année, plus de 1 500 apprenants, en formation initiale ou continue, passent par les salles de cours et les installations pédagogiques de l’Institut national des sciences et techniques nucléaires (INSTN) du CEA Marcoule.

Cet institut du CEA propose notamment des formations spécialisées destinées à répondre aux besoins croissants de l’industrie nucléaire. Parmi elles, deux parcours professionnels se distinguent :
• OPR (Opérateur en radioprotection),
• OAD (Opérateur en assainissement et démantèlement).

Ces formations permettent de préparer des intervenants amenés à travailler en zone contrôlée, où ils réalisent notamment des opérations de contrôle radiologique, de cartographie ou encore de prélèvements.

« On trouvait intéressant, après les portes ouvertes de 2025, de faire un focus sur la reconversion professionnelle », explique Florent Lemont, directeur de l’INSTN du CEA Marcoule.

Depuis la création de la formation d’opérateur en radioprotection — anciennement appelée PNR — sur les sites de Marcoule, Cherbourg et Saclay, plus de 1 000 opérateurs ont été formés, avec un programme régulièrement adapté aux évolutions du secteur.

La formation OAD, plus récente, répond quant à elle à un besoin croissant. Elle prépare aux métiers liés à l’assainissement et au démantèlement des installations nucléaires, un domaine appelé à se développer avec le vieillissement des installations.

« Le démantèlement monte en puissance. C’est un métier sensible, car si l’on ne peut pas démontrer que l’on sait démanteler correctement les installations, il sera difficile d’en construire de nouvelles », souligne Florent Lemont.

Une formation directement connectée aux besoins des industriels

Pour répondre à la demande du secteur, le CEA/INSTN organise quatre sessions de formation OPR par an, accueillant chacune une vingtaine de stagiaires, dont une session délocalisée à Pierrelatte. La formation OAD, elle, se déroule actuellement sur une session annuelle complète.

Ces formations sont construites en lien étroit avec les industriels du nucléaire, notamment le CEA, EDF ou Orano.

« Les employeurs nous indiquent leurs besoins et nous sommes chargés d’identifier les candidats, de les accompagner dans les épreuves probatoires et de les former. Nous avons des partenariats industriels avec des entreprises qui comptent sur nous, et nous faisons souvent de l’acrobatie pour répondre positivement à leurs attentes », poursuit Florent Lemont.

L’insertion professionnelle est particulièrement forte : les formations habilitantes débouchent sur des taux d’embauche proches de 100 % dans l’industrie nucléaire.

Le PR1, passage obligatoire pour intervenir en zone nucléaire

La visite organisée jeudi a permis de découvrir un chantier école consacré à la formation PR1 (Prévention des risques niveau 1). Cette formation certifiante, d’une durée d’une semaine, constitue la base indispensable pour intervenir sur une installation nucléaire de base.

Elle intervient notamment à l’issue des deux mois de formation OPR.

« Le PR1 donne les bases pour travailler en zone surveillée ou contrôlée en toute sécurité. Ensuite, les intervenants complètent leur parcours avec un accueil site, un accueil installation et des formations spécifiques aux risques rencontrés », explique Cécile Eydoux, formatrice principale.

Durant l’exercice pédagogique, les stagiaires apprennent à gérer les situations à risque, notamment en cas de contamination liquide, et à utiliser les équipements de protection adaptés.

Des reconversions professionnelles vers le nucléaire

La promotion actuelle illustre également un phénomène de plus en plus fréquent : la reconversion vers les métiers du nucléaire.

Parmi les stagiaires figure Nathan Leclère, 42 ans, qui s’apprête à reprendre une carrière dans ce secteur après un parcours atypique.

« J’avais déjà travaillé dans le nucléaire et la sécurité, puis j’ai été enseignant pendant plusieurs années. Pour des raisons familiales, je souhaitais revenir travailler sur un site nucléaire », raconte-t-il.

Après avoir repéré plusieurs offres d’emploi, il décide de franchir le pas.

« J’ai vu les offres et les planètes se sont alignées. J’avais trouvé un employeur avant même de commencer la formation. Mon futur employeur, sur le site d’Orano Tricastin, a financé les formations nécessaires avec France Travail. »

Pour lui, la formation offre une préparation concrète au terrain.

« La pratique est intéressante : elle permet de développer le contrôle de soi et la maîtrise de ses actions. Les formations sont poussées, ce qui permet d’arriver sur le terrain plus à l’aise. »

Une filière ouverte aux jeunes et aux femmes

La formation attire également des profils plus jeunes, comme Marine Bel-Fonta, 23 ans, actuellement en dernière année d’école d’ingénieur et en stage de master 2 au CEA Marcoule.

« La formation PR1 me permet de manipuler dans le laboratoire Atalante du CEA Marcoule dans lequel je serai affectée. Ce qui me plaît, c’est de pouvoir appliquer concrètement ce que j’ai appris pendant mes études. »

Si la parité femme/homme progresse dans les formations scientifiques, la filière nucléaire reste encore marquée par un déséquilibre.

« Dans mon école de chimie, nous sommes presque à 50 % de filles et 50 % de garçons. Mais dans l’option chimie du nucléaire et de l’environnement, il y a encore moins de femmes », observe la jeune ingénieure.

Pour le CEA/INSTN, l’enjeu est justement de montrer que ces métiers sont ouverts à toutes et tous, et que les femmes ont toute leur place dans les domaines de la radioprotection et de la sûreté nucléaire.

Former les compétences du nucléaire de demain

À travers ses formations diplômantes — comme le BTS Environnement nucléaire, développé en partenariat avec les lycées du territoire — et ses formations professionnelles, le CEA/INSTN participe à structurer une filière complète de compétences.

Dans un contexte de relance du nucléaire et de montée en puissance des activités d’assainissement démantèlement, cet institut du CEA Marcoule affirme ainsi pleinement sa mission : former, qualifier et accompagner les professionnels qui feront le nucléaire de demain.

À horizon 2027, les activités de CEA/INSTN Marcoule doivent d’ailleurs être transférées dans le futur bâtiment INVICTUS, destiné à accueillir les formations et renforcer encore l’offre pédagogique du site.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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