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Au cœur de la salle d’honneur du 1er REG, le major Chemin raconte 43 ans d’histoire légionnaire

Dans la pénombre feutrée de la salle d’honneur du quartier Général-Rollet, à Laudun-l’Ardoise, chaque vitrine raconte un pan d’histoire. Uniformes, drapeaux, insignes, objets de campagne, reliques et souvenirs d’opérations forment la mémoire vivante du 1er Régiment étranger de génie (1er REG). Gardien de ce patrimoine, le major Chemin en assure la visite, l’entretien et surtout la transmission.

« Les légionnaires n’y viennent pas souvent », confie-t-il d’emblée. La salle d’honneur n’est pas un simple musée interne. Elle est un lieu symbolique, réservé aux grands moments d’une carrière. Lors de leur affectation au régiment, les jeunes engagés y reçoivent l’insigne du corps des mains du chef de corps, avant une présentation de l’histoire de leur nouvelle unité. « Comme ça, ils sont pleinement intégrés au régiment et ils connaissent son histoire. »

Ils y reviennent parfois lors d’une naturalisation française, organisée en présence d’autorités civiles et militaires, ou encore à l’occasion d’une promotion au grade de sergent-chef, adjudant, adjudant-chef ou major. Les cadres, officiers et sous-officiers, bénéficient eux aussi de ce passage initiatique.

De Camerone au général Rollet

Avant d’entrer dans l’histoire propre du 1er REG, le major Chemin rappelle celle de la Légion étrangère. Une vitrine entière est consacrée à Camerone, combat fondateur du 30 avril 1863 au Mexique. On y découvre armes d’époque, paquetage et souvenirs liés au capitaine Danjou, commandant de la compagnie légendaire.

Sa célèbre main articulée en bois, retrouvée après sa mort, reste l’une des plus grandes reliques de la Légion. Conservée à Aubagne, elle est sortie chaque année lors de la fête de Camerone pour être présentée aux troupes.

Autre figure incontournable : le général Paul Rollet, surnommé le « Père Légion », dont le quartier porte le nom depuis 1985. « C’est lui qui a donné une âme moderne à la Légion », résume le major. Premier commandant de la Légion étrangère en 1931, il impose la célébration de Camerone plutôt que celle du centenaire du corps.

C’est aussi lui qui fait modifier la devise figurant sur les drapeaux des unités étrangères. Exit « Honneur et Patrie ». Place à « Honneur et Fidélité », plus adaptée à des soldats venus servir la France sans qu’elle soit leur pays natal.

La naissance du régiment en 1984

Le 1er REG est une unité relativement jeune. En 1984, l’État décide de créer un régiment du génie au sein de la Légion étrangère : le 6e Régiment étranger de génie (6e REG). À l’époque, la professionnalisation des armées n’est pas encore achevée et la Légion constitue un vivier de militaires d’active immédiatement projetables.

« C’était la première fois que l’inscription “génie” apparaissait sur un drapeau légionnaire », souligne le major Chemin.

Le régiment reprend alors les traditions du 6e Régiment étranger d’infanterie. En 1999, avec la création du 2e REG sur le plateau d’Albion, l’unité change de numéro et devient officiellement le 1er REG.

Une transition administrative qui fit perdre, durant de longues années, une partie de sa filiation historique. « On a mis 22 ans à faire reconnaître que le 6e REG et le 1er REG étaient bien le même régiment », explique le major. Certaines traditions ont depuis été restaurées, notamment la devise récupérée en 2024.

Le régiment des terrains minés

Depuis sa création, le régiment a été engagé sur la plupart des théâtres d’opérations extérieurs français. Sa spécialité : ouvrir la route, déminer, reconstruire, sécuriser.

Premières grandes missions au Tchad dès 1987-1988, avec déjà les premiers morts et blessés. Puis la guerre du Golfe en 1990-1991, où le régiment participe notamment au déminage des plages du Koweït après la libération du pays. Une campagne qui lui vaut une croix de guerre avec palme.

Le Cambodge suit, avec la reconstruction de routes et de ponts, mais aussi l’élimination de milliers de munitions laissées après des années de guerre. En ex-Yougoslavie, le régiment intervient durant dix ans en Bosnie puis au Kosovo pour rouvrir les axes, sécuriser l’aéroport de Sarajevo et reconstruire les infrastructures détruites.

Au Rwanda, les légionnaires sont confrontés à l’horreur du génocide. « Ils ont passé quatre mois à traiter des charniers et des cadavres », rappelle le major avec gravité.

En Afghanistan, durant une décennie, les sapeurs légionnaires détruisent d’abord les stocks de munitions soviétiques abandonnés, avant de sécuriser les itinéraires de l’OTAN et construire des postes avancés. Puis viendront encore le Mali, le Liban, la Côte d’Ivoire ou le Moyen-Orient.

52 morts en 43 ans

Le chiffre résume à lui seul le prix payé : 52 morts en service depuis la création du régiment, dont 12 en opérations extérieures.

Parmi eux, le major Nikolic, tué un 14 juillet, dont le souvenir reste vif chez le major Chemin. « C’était un des miens. »

Des missions toujours d’actualité

Aujourd’hui encore, le 1er REG reste fortement engagé. En Estonie et en Roumanie, ses soldats s’entraînent avec les forces de l’OTAN. En Pologne, ils participent à la formation de soldats ukrainiens. Le régiment poursuit aussi ses missions au Liban et en Côte d’Ivoire.

Dans la salle d’honneur, entre les vitrines et les drapeaux, le major Chemin veille à ce que rien ne s’efface. Car derrière chaque objet exposé, il y a des hommes, des sacrifices et une certaine idée du service.

« Ici, on raconte vite fait l’histoire du régiment », glisse-t-il modestement. En réalité, c’est bien plus que cela : c’est toute la mémoire du 1er REG qui continue de vivre.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

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