Pont-Saint-Esprit : démissions au Comité de jumelage, la municipalité défend sa vision « ouverte à tous »
Le Comité de jumelage de Pont-Saint-Esprit traverse une crise interne. Cinq membres de son conseil d’administration, Patricia Vaz, Delphine Bradelet, Muriel Genty, Jeanine Rakotondrabe et José Rodes, ont annoncé leur démission dans une lettre adressée au maire, aux élus municipaux ainsi qu’aux adhérents de l’association. Une décision transmise par Erick Mathevet, président du Comité de jumelage, qui évoque une rupture de confiance avec la commune autour du rôle et du fonctionnement du jumelage.
Pont-Saint-Esprit est aujourd’hui jumelée avec cinq villes européennes : Haverhill, en Angleterre, Egelsbach, en Allemagne, Penacova, au Portugal, Ovada, en Italie, et Benejuzar, en Espagne. Pour les membres démissionnaires, deux piliers structurent ces relations : le serment de jumelage, qui engage les municipalités signataires, et la convention liant la commune au Comité de jumelage. Or, selon eux, ces deux fondements n’auraient pas été suffisamment respectés par la municipalité.
Dans leur courrier, les administrateurs rappellent la vocation historique des comités de jumelage, nés après la Seconde Guerre mondiale pour favoriser les échanges humains, culturels, éducatifs et citoyens entre les peuples européens. Ils soulignent que les statuts du comité spiripontain prévoient notamment l’organisation d’échanges scolaires, sportifs, culturels et sociaux avec les villes jumelles, ainsi que l’accueil de délégations étrangères.
Les signataires estiment avoir pleinement rempli ces missions ces dernières années, malgré un fonctionnement reposant exclusivement sur le bénévolat et des moyens humains limités. Ils citent notamment la reprise des échanges scolaires avec l’Allemagne et l’Angleterre, le lancement d’un premier échange scolaire avec l’Espagne, l’organisation d’un café langue mensuel ouvert aux Spiripontains ou encore le rapprochement engagé entre le Conseil municipal des jeunes de Pont-Saint-Esprit et son équivalent allemand, le JuPa d’Egelsbach.
Mais après deux années d’échanges avec la municipalité, les administrateurs disent constater une « divergence profonde » sur la conception du rôle d’un comité de jumelage. Ils reprochent notamment à la commune d’attendre du comité des missions qu’ils jugent davantage liées à l’animation événementielle ou à un comité des fêtes, plutôt qu’à la vocation culturelle, éducative et citoyenne du jumelage.
Le courrier évoque également un climat devenu difficile. Les démissionnaires dénoncent un mode de communication qu’ils qualifient d’« autoritaire, infantilisant et parfois intimidant » envers les bénévoles, ayant selon eux contribué à démobiliser les membres investis dans les projets en cours.
Autre point de crispation : la question financière. Selon les signataires, la subvention de fonctionnement prévue par la convention n’aurait pas été versée en 2025. Bien que votée pour 2026, elle ferait désormais l’objet d’une menace de suppression. Les membres démissionnaires indiquent également que cette aide, présentée comme une subvention de fonctionnement, serait désormais considérée par l’exécutif municipal comme une subvention « sur projet », avec des restrictions qu’ils jugent insuffisamment précisées.
Cette situation aurait notamment des conséquences directes sur la préparation de l’accueil de la délégation allemande d’Egelsbach, prévue du 6 au 9 juillet 2026. Le Comité de jumelage avait préparé un programme autour de rencontres culturelles, linguistiques, associatives et citoyennes. Mais les administrateurs démissionnaires estiment que les conditions ne sont plus réunies pour accueillir dignement cette délégation.
Ils annoncent donc ne plus être en mesure d’assurer l’organisation de cet accueil culturel et linguistique, ni d’accompagner la municipalité lors du week-end de réception officielle. Par souci de continuité, ils indiquent toutefois rester disponibles pour transmettre à la commune les contacts des prestataires sollicités ainsi que les coordonnées des familles d’accueil déjà engagées ou susceptibles de participer.
Dans un communiqué signé par le maire Valère Segal, la municipalité de Pont-Saint-Esprit indique avoir « pris acte » de cette démission collective, intervenue « à la suite de désaccords exprimés avec la municipalité ». La Ville affirme avoir engagé, depuis plusieurs mois, de nombreux échanges avec les représentants du Comité de jumelage afin d’accompagner son fonctionnement et de préparer l’avenir des jumelages spiripontains. Plusieurs rencontres auraient notamment eu lieu en 2025 et 2026 au sujet des demandes de subventions municipales.
Sur le volet financier, la municipalité défend une position qu’elle présente comme « claire et constante ». Elle rappelle que, comme pour toute association bénéficiant de fonds publics, l’attribution de subventions suppose la présentation de documents financiers et de projets précis à destination des Spiripontains. Pour la Ville, l’existence d’une convention entre la commune et le Comité de jumelage ne remet pas en cause ce principe, mais le confirme. Valère Segal y voit une exigence de bonne gestion des deniers publics, « dans l’intérêt des habitants et des contribuables de Pont-Saint-Esprit ».
Au-delà de la question administrative, le maire défend une autre conception du jumelage. Pour l’équipe municipale, ces échanges ne doivent pas être réservés « à quelques initiés », mais devenir des moments de rencontre, de partage et de découverte ouverts à l’ensemble des Spiripontains. Valère Segal indique avoir été marqué, lors de son déplacement à Egelsbach en 2025, par l’implication de la population autour du jumelage et par l’ambiance conviviale qui entourait l’accueil de la délégation.
C’est dans cet esprit que la Ville dit vouloir développer à Pont-Saint-Esprit des échanges « accessibles à tous », avec des événements populaires, familiaux et culturels. La municipalité cite notamment l’organisation d’un Biergarten cet été, à l’occasion de la venue des représentants d’Egelsbach, présenté comme un moment convivial ouvert à tous les habitants pour découvrir une tradition culturelle de la ville jumelle allemande.
La Ville se dit par ailleurs « surprise » par cette démission collective, rappelant qu’une réunion de travail s’était tenue le 12 mai dernier avec le président du Comité et un membre du bureau pour préparer la venue de la délégation allemande. Lors de cette rencontre, la municipalité indique avoir proposé un programme complet organisé à Pont-Saint-Esprit, avec l’objectif de mieux faire découvrir la commune, de limiter les coûts logistiques et de permettre une participation plus large des habitants.
Malgré cette crise, la municipalité affirme vouloir maintenir son cap : promouvoir Pont-Saint-Esprit et son cadre de vie à l’étranger, tout en faisant découvrir aux habitants la richesse culturelle de ses cinq villes jumelles. Elle annonce également vouloir intégrer désormais des nouvelles des villes jumelles dans la revue municipale L’Écho de Pont, afin de permettre aux Spiripontains de suivre plus régulièrement la vie et les initiatives de ces partenaires européens.
Cette démission collective marque donc un tournant pour le Comité de jumelage de Pont-Saint-Esprit. Elle met au jour deux lectures différentes de la politique de jumelage : l’une portée par les administrateurs démissionnaires, attachée à une mission d’échanges culturels, éducatifs et citoyens dans le cadre associatif ; l’autre défendue par la municipalité, qui souhaite rendre ces liens plus visibles, plus populaires et plus largement accessibles aux habitants.



