A la UneActualitésEconomie

Place à l’Entreprise 2026 : le MEDEF Gard veut faire du territoire une locomotive économique d’Occitanie

Le MEDEF Gard a réuni, ce jeudi, les acteurs économiques du territoire à l’occasion de l’édition 2026 de Place à l’Entreprise. Chefs d’entreprise, partenaires institutionnels, réseaux consulaires, organismes d’accompagnement, représentants de l’État et responsables patronaux se sont retrouvés autour d’un même fil conducteur : comment faire du Gard un territoire plus fort, plus attractif et mieux structuré économiquement.

Dès l’inauguration, Steeve Calligaro, président du MEDEF Gard, a rappelé l’ambition de ce rendez-vous. Pour lui, Place à l’Entreprise doit d’abord permettre de créer du lien. « Les chefs d’entreprise sont en recherche de connexions », a-t-il souligné, en insistant sur la volonté du MEDEF de « connecter les gens autour de la cause du développement économique ». Le président gardois a également salué l’ampleur de l’organisation et la présence de nombreux partenaires : mutuelles, médias, entreprises informatiques, acteurs du conseil et solutions destinées aux professionnels.

Présent pour l’ouverture, le préfet du Gard, Jérôme Bonet, a félicité le MEDEF Gard pour « l’organisation de cet événement permettant aux forces vives de l’entreprise et du service public de se rapprocher ». Le représentant de l’État a insisté sur la nécessité de soutenir les entreprises dans une période complexe. « L’État est à la disposition des entreprises. Nonobstant les difficultés, il faut se mobiliser pour la création de richesse, facteur d’évolution sociale de la société », a-t-il déclaré. Le préfet a également cité plusieurs enjeux abordés durant le salon, dont la facturation électronique, qu’il a qualifiée de « virage majeur » pour les entreprises.

Tout au long de l’après-midi, les rendez-vous d’affaires B to B et les conférences se sont succédé. La soirée a ensuite pris une dimension plus stratégique avec deux tables rondes consacrées à l’avenir économique du Gard.

Chimie, eau, énergie, déchets : les filières qui peuvent tirer le Gard vers le haut

La première table ronde posait clairement la question : comment le Gard peut-il consolider son rôle de locomotive économique pour l’Occitanie ? Autour de la table figuraient notamment Stéphane Bergamini, délégué général de France Chimie Méditerranée, Denis Brunel, président de CleanTech Vallée, Annick Le Lan, directrice d’Alès Myriapolis, et Tony Laurent, directeur régional de Chimirec Socodeli.

Pour Stéphane Bergamini, la chimie constitue un pilier souvent sous-estimé de l’économie locale. « La chimie est partout, mais elle est souvent invisible », a-t-il rappelé, citant les médicaments produits à Aramon, les biotechnologies, les catalyseurs, les solutions de traitement de l’eau ou encore les matériaux innovants. Selon lui, la filière ne se limite pas à un secteur industriel : elle est aussi un enjeu de souveraineté. « La chimie n’est pas seulement une industrie de territoire. Elle est un outil de souveraineté pour la France », a-t-il affirmé.

Le représentant de France Chimie Méditerranée a également insisté sur la réalité de la réindustrialisation. « On n’est pas du tout dans une image, on est dans le concret », a-t-il assuré, tout en rappelant que la réindustrialisation « ne se décrète pas ». Elle suppose, selon lui, trois conditions : une énergie compétitive et bas carbone, des compétences disponibles, et des délais administratifs compatibles avec les calendriers des industriels.

À ses côtés, Annick Le Lan a pris l’exemple du bassin alésien, longtemps marqué par la fin de l’activité minière, pour rappeler qu’un territoire peut se reconstruire par la diversification. « Quand il faut se reconstruire, on ne reprend pas les mêmes modèles », a-t-elle expliqué. La directrice d’Alès Myriapolis a rappelé la stratégie engagée depuis plusieurs décennies autour de l’économie productive, de l’innovation, des sports mécaniques, de la mobilité, de l’agroalimentaire et des éco-industries. Pour elle, « une filière ne se décrète pas » : elle doit s’appuyer sur des entreprises existantes, des compétences, des infrastructures et une offre de formation adaptée.

Denis Brunel, président de CleanTech Vallée, a identifié trois axes majeurs pour l’avenir économique gardois : l’énergie décarbonée, le cycle de l’eau et l’économie circulaire. « Il faut que l’on se concentre sur un certain nombre de filières pour obtenir des excellences en matière de développement économique », a-t-il estimé. Il a notamment cité le potentiel de Marcoule autour de l’énergie et de l’innovation nucléaire, mais aussi la nécessité de faire du Gard un territoire exemplaire sur la gestion de l’eau, dans un contexte de stress hydrique croissant.

L’économie circulaire a été illustrée par le témoignage de Tony Laurent, directeur régional de Chimirec Socodeli. L’entreprise porte à Beaucaire un projet industriel mêlant traitement des déchets, production d’énergie et réutilisation de l’eau. « Le déchet, effectivement, c’est notre sujet », a-t-il résumé. Il a détaillé un projet de chaudière représentant environ 50 millions d’euros d’investissement, capable de transformer des combustibles solides de récupération en énergie. « L’idée, c’est de fabriquer notre énergie avec le déchet que l’on vient chercher », a-t-il expliqué, en évoquant également la recharge de camions électriques et le traitement d’eaux polluées en vue de leur réutilisation.

Mais les intervenants n’ont pas éludé les freins. Le coût de l’énergie, la concurrence internationale, la complexité réglementaire, les difficultés de financement et le manque de foncier disponible ont été pointés. Pour Denis Brunel, le Gard souffre aussi d’un déficit de récit commun. « Il n’y a pas une histoire à raconter autour du Gard », a-t-il regretté, estimant que Nîmes, Alès, Beaucaire ou Bagnols disposent chacune d’atouts, mais que ceux-ci restent trop souvent dispersés. « Pour gagner, il faut chasser en meute », a-t-il ajouté.

Stéphane Bergamini a, lui, alerté sur une concurrence internationale qu’il juge « extrêmement agressive » et même « déloyale ». « Les États-Unis soutiennent massivement leur industrie. La Chine dispose de capacités de production considérables avec des coûts très inférieurs aux standards européens », a-t-il rappelé, tout en défendant la nécessité de ne pas opposer industrie et écologie. « L’avenir appartient aux territoires capables de concilier les deux, et le Gard peut en faire la démonstration », a-t-il affirmé.

En conclusion de cette première table ronde, les intervenants ont insisté sur la nécessité d’agir collectivement. « On aura réussi si on a travaillé tous ensemble, si on a raconté l’histoire de nos fleurons et de nos champions gardois, et si on ne s’est pas contenté d’attendre le niveau central », a résumé Denis Brunel.

Financement, artisanat, IA, défense : les outils pour accompagner les entreprises

La seconde table ronde a donné la parole aux acteurs de l’accompagnement économique : Émilie Vidal, déléguée régionale de Bpifrance, Xavier Perret, président de la CMA du Gard, et Éric Giraudier, président de la CCI Gard.

Pour Émilie Vidal, Bpifrance intervient comme un partenaire complémentaire des banques. « Notre mission, c’est d’accompagner les entrepreneurs et leurs entreprises à croître », a-t-elle expliqué. Bpifrance intervient en garantie, en financement, en innovation, à l’export, en fonds propres et en conseil. « On vient prendre du risque là où il y a des failles de marché », a-t-elle précisé. Elle a aussi insisté sur l’importance d’anticiper : « Le plus en amont possible, c’est le mieux. C’est là où l’on va pouvoir aiguiller vers les bonnes solutions ou les bons contacts. »

Xavier Perret, président de la Chambre de métiers et de l’artisanat du Gard, a dressé un constat contrasté. Le nombre de ressortissants de la CMA est passé de 27 000 en 2021 à 37 000, mais cette hausse repose largement sur la micro-entreprise. « On a énormément de créations de micros », a-t-il observé, en soulignant que beaucoup d’anciens salariés se lancent à leur compte, parfois avec peu de moyens. Selon lui, l’accompagnement doit donc être très concret : apprendre à fixer un prix, gérer une comptabilité, communiquer, respecter les normes ou se former. « Faire un prix ou gagner de l’argent, ce n’est pas acquis », a-t-il rappelé.

Le président de la CMA a également défendu la qualité et la différenciation comme leviers essentiels pour les artisans. Face à la concurrence industrielle et internationale, « les artisans n’ont que leur savoir-faire, leurs mains et leur singularité », a-t-il résumé. Il a plaidé pour la montée en gamme, les produits locaux et l’expérience client comme moyens de fidélisation.

De son côté, Éric Giraudier, président de la CCI Gard, a replacé la réflexion dans le cadre de la démarche Gard 2030, issue de dix-huit mois de prospective. Il a rappelé que le Gard reste un territoire industriel majeur, « le troisième département de la région d’un point de vue économique et le second d’un point de vue industriel ». Selon lui, le territoire ne peut pas attendre que les solutions viennent uniquement de l’État ou des métropoles. « On n’est jamais mieux servi que par soi-même », a-t-il affirmé, en appelant à agir depuis le terrain.

Le président de la CCI a également évoqué la relance d’une logique d’attractivité et d’identification du foncier économique. Il a cité le rôle de facilitateur que peut jouer la chambre consulaire dans les grands projets industriels, notamment lorsqu’il s’agit de réunir collectivités, entreprises, clubs économiques et services de l’État autour d’un même objectif.

L’intelligence artificielle a aussi occupé une place importante dans les échanges. Pour Éric Giraudier, chaque entreprise, quelle que soit sa taille, doit se poser la question de ses usages. « Chaque entreprise doit se poser la bonne question à son niveau », a-t-il expliqué. La CCI entend donc accompagner les dirigeants dans une première analyse : risques, opportunités, modèles économiques et cas d’usage.

Autre filière d’avenir évoquée : la défense et la sécurité. Le président de la CCI a souligné que de nombreuses entreprises gardoises disposent déjà de savoir-faire utilisables dans ce secteur, qu’il s’agisse de plasturgie, de chimie, de métallurgie ou de textile. Il a annoncé l’installation prochaine d’une antenne du cluster défense-sécurité dans le Gard, prévue en septembre.

Le MEDEF veut porter la voix des entreprises

En fin de soirée, les trois niveaux du MEDEF ont pris la parole : le Gard avec Steeve Calligaro, l’Occitanie avec Samuel Hervé, et le national avec Patrick Martin.

Steeve Calligaro a rappelé les axes de travail du MEDEF Gard, notamment la place des femmes dans l’industrie, la souveraineté, l’intelligence artificielle et l’accompagnement des entreprises dans leurs besoins de connexion avec les instances nationales ou européennes. Il a aussi tenu à corriger une idée reçue : « 80 % des adhérents du MEDEF ont moins de 20 salariés. » Pour lui, le rôle d’un MEDEF territorial est triple : « porter la voix des entreprises », « proposer et co-construire », mais aussi « agréger » les énergies. « La colonne vertébrale de notre organisation sociale, c’est l’entreprise », a-t-il déclaré.

Samuel Hervé, président du MEDEF Occitanie, a insisté sur la nécessité de ne laisser aucun territoire à l’écart. Le MEDEF Occitanie ne compte pas d’adhérents directs, mais regroupe les MEDEF territoriaux et les fédérations professionnelles. Son rôle est d’appuyer les territoires, notamment les plus ruraux ou les moins dotés en moyens. « Pour qu’un mouvement patronal soit puissant, entendu et écouté, il faut qu’il soit uni, soudé et coordonné », a-t-il rappelé. Parmi les grandes thématiques régionales, il a cité l’intelligence artificielle, la décarbonation et l’eau.

Dernier intervenant de la soirée patronale, Patrick Martin, président du MEDEF national, a livré une analyse très politique du moment économique. Il a appelé les chefs d’entreprise à ne pas rester spectateurs. « Personne ne s’occupera aussi bien de nous que nous-mêmes », a-t-il lancé. Inquiet de la dette publique, de la compétitivité et de l’instabilité politique, il a plaidé pour « du réalisme, de la lucidité et du courage ». Selon lui, le MEDEF doit rester force de propositions, notamment sur la santé, la protection sociale, le coût du travail et les retraites.

La soirée s’est conclue par une conférence de Michel Onfray, venant clore une édition dense de Place à l’Entreprise. Au-delà des constats, le MEDEF Gard a voulu faire passer un message : le territoire dispose d’atouts réels, mais devra mieux les raconter, les coordonner et les défendre collectivement pour peser dans l’économie régionale.

Rémi Fagnon

A tout juste 23 ans, le benjamin de l'équipe Rémi a fait du journalisme son terrain de jeu favori ! Vêtu de son costard cravate, ses lunettes teintées, un carnet, un stylo et dégainant son appareil photo à la moindre occasion, Rémi mène l’enquête, avec une ténacité légendaire. C’est aussi un féru de journalisme sportif, pour qui le Tour de France, les matchs de foot et le sport automobile n’ont aucun secret. Son talent caché : lors d’une interview téléphonique, à peine a-t-il raccroché, que son article est déjà prêt.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page