Villeneuve-lez-Avignon : la Chartreuse dévoile ses 53es Rencontres d’été

Du 21 juin au 24 juillet, la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon accueillera la 53e édition de ses Rencontres d’été. Une programmation dense, internationale et pluridisciplinaire, construite autour d’un fil rouge : « Le monde comme il s’écrit ». Sept spectacles, dix soirées de lectures, débats et rencontres, une grande exposition et plusieurs temps de convivialité rythmeront cette nouvelle édition.
Lors de la présentation du programme, Marianne Clevy, directrice générale de la Chartreuse, a d’abord tenu à saluer « les invisibles » : les équipes de production, de communication, de médiation, de technique et tous ceux qui rendent possible un tel rendez-vous. « Derrière chacun d’entre nous, il y a plusieurs centaines de personnes, presque plusieurs milliers, qui font que tout cela existe », a-t-elle rappelé.
Cette année, les Rencontres s’ouvriront dès le 21 juin, jour symbolique du début de l’été, avec le vernissage de l’exposition Le Grand Fleuve de Mathieu Kleyebe Abonnenc. L’artiste, reconnu internationalement, travaillera autour du son, du silence et de la mémoire dans un lieu habituellement marqué par l’apaisement. Pour Marianne Clevy, cette exposition pourrait presque servir de titre général à l’ensemble de l’été.
À partir du 7 juillet, la grande aventure théâtrale et chorégraphique débutera. Parmi les temps forts figure Mon Frère, de François et Christian Gremaud, présenté en coréalisation avec le Festival d’Avignon. Tiago Rodrigues, directeur du Festival, a insisté sur la puissance de ce projet, qui place au centre la langue des signes française et la relation intime entre deux frères. Pour lui, ce spectacle interroge l’écriture scénique comme outil « d’égalité, d’émancipation, de liberté et de communion ». Il y voit une proposition à la fois profondément personnelle et pleinement politique.

La programmation fera également place à Teen Play, de Marcos Caramés-Blanco, mis en scène par Nathalie Bensard. Le spectacle explore les mécanismes du harcèlement scolaire et les violences invisibles du collège. Cette proposition donnera lieu à une rencontre autour du théâtre politique pour la jeunesse, construite avec la Maison Antoine-Vitez.
Laurent Mulheisen, représentant de la Maison Antoine-Vitez, a rappelé l’importance du travail de traduction dans cette programmation. L’association, fidèle à l’héritage d’Antoine Vitez et à son injonction de « tout traduire », permettra notamment de faire entendre des textes venus des Pays-Bas, de Belgique, d’Iran et d’Ukraine. Pour lui, traduire, c’est faire venir le monde jusqu’à la Chartreuse et donner accès à des récits qui seraient autrement éloignés du public.
La soirée Écrire dans la guerre, le 17 juillet, portera cette ambition avec force. Laurent Mulheisen y a présenté le parcours d’Hossein Rajabian, réalisateur, photographe et homme de théâtre iranien, emprisonné puis contraint à l’exil pour avoir refusé que le pouvoir dicte son travail artistique. Sa pièce Des sifflets et des chiens, écrite en France après son exil, interroge la surveillance, la censure et l’impossibilité de raconter sa propre histoire dans un régime autoritaire. La soirée fera aussi entendre des textes ukrainiens de Nina Zakhozhenko et Ihor Nossovsky.
La danse occupera elle aussi une place majeure avec Bal Magnétique de Massimo Fusco, grand bal participatif dans le cloître, I Need Help Immediately d’Adél Juhász, La Tendresse du ventre de la baleine de Géraldine Chollet, et Muette de Boris Charmatz. Tiago Rodrigues a présenté ce dernier solo comme une œuvre du silence, mais aussi du bruit du corps, de la respiration et de la présence. Le chorégraphe y explore une solitude exposée au public, dans un rapport intime à son propre parcours.
Avec ces Rencontres d’été, Marianne Clevy souhaite faire de la Chartreuse un lieu où les récits circulent, se confrontent et se répondent. Théâtre, danse, lectures, débats, exposition, restaurant et librairie composeront ainsi un parcours complet dans l’enceinte médiévale du monument. Pendant plus d’un mois, la Chartreuse entend rester fidèle à sa vocation : accueillir les écritures contemporaines et faire entendre le monde tel qu’il se cherche, se raconte et se transforme.



